"C'est au début des années cinquante
Au mois d'juin vers onze heures trente
Qu'j'ai débarqué dans l'existence
Avec quelques jours d'avance"

Pour être plus exact que la chanson, c'est le 1er juin 1950 que je suis né, à Bourges dans le Cher, dans la petite ruelle moyenâgeuse des Urbets, où habitait ma grand-mère espagnole. Mon père, dessinateur industriel, mais aussi artiste et bibliophile, avait rencontré ma mère allemande pendant l'occupation de la Sarre juste après-guerre. Je fus le troisième enfant d'une fratrie qui comptera deux filles et six autres garçons ! La famille s'est installée dans un petit HLM à la lisière de la campagne, entre Bigarelles, Dumones et fonds-Gaidons et j'ai fréquenté l'école Marcel-Sembat (qui vient d'être rasée) où mon "don" pour le dessin m'assura le respect et de mes instits et des autres élèves (pas toujours commodes !). Je suis entré en 6ème au lycée Alain-Fournier, situé alors dans un ancien couvent au centre-ville, pour 7 ans d'études tranquilles, avant l'obtention de mon bac philo...en 68 ! Ne sachant quelles études suivre, j'ai aussitôt devancé l'appel pour effectuer 16 mois dans l'Armée de l'Air, à Avord...à 12 km de chez moi ! Mais dès ma libération, je suis parti découvrir le monde lors de divers voyages, Turquie, Scandinavie, Maroc, Grèce, etc..., J'ai vécu 15 jours dans une communauté hippie et pendant 8 mois dans un kibboutz en Israël, où je fus employé comme ouvrier agricole et plongeur (en cuisine!).

J'ai fait 36 petits boulots, aide-comptable à la Sécu, pion, vendeur de jouets, croque-mort (un jour !), animateur-éducateur en MJC, avant de décider à 27 ans de vivre ma passion : la Chanson, en temps qu'ACI (auteur-compositeur-interprète). A 15 ans ma soeur m'avait offert une guitare et d'emblée je me suis mis à écrire des chansons (250 environ), seul ou accompagné par des amis musiciens, en particulier Jean-Marc Margot, accordéoniste de grand talent.

Avec deux autres joyeux compères, j'ai animé quelques années une émission consacrée à la Bande Dessinée sur la radio libre Recto-Verso qui, vu son succès, nous permit de créer l'ABDC, Association pour la Bande Dessinée du Centre, d'ouvrir un cours de BD que j'ai animé avec l'aide du grand auteur Arno et d'où sont sortis quelques bédéistes reconnus (David Prudhomme...), de lancer un joli fanzine nommé prosaïquement l'Abédécé, dans lequel je fis mes premières armes.

J'avais donc repris le dessin abandonné depuis mon enfance, pour caricaturer le monde du spectacle ou l'actualité pour le quotidien local La Nouvelle République, et c'est à sa demande que j'ai créé ma première bande dessinée professionnelle (de 46 pages), Le Roi de Coeur, ayant pour cadre notre belle cité berruyère. Le journal avait le projet de l'éditer en album, mais en fait ce furent les éditions du Lombard en Belgique qui me contactèrent pour le publier ! Je n'ai jamais su comment mon histoire leur était passée sous les yeux. Toujours est-il que mon chemin croisa dans les couloirs bruxellois celui de Jean-Claude Vernal, directeur du journal TINTIN, qui voulut que ma BD paraisse dans la revue, et c'est ainsi que j'entrai dans ce journal mythique qui avait bercé mon enfance, où je fus accueilli à bras ouverts par tous ces auteurs que j'admirais tant.

Je pensais que Le Roi de Coeur ne serait qu'un bref intermède, mais l'intérêt qu'il suscita m'obligea à lui donner suite. Voilà comment je suis entré en BD, il y a 25 ans, et que je me dis tous les matins "Mon vieux Capo, t'es auteur de BD, un des "dix métiers de rêve !" (mais ne rêvons pas trop, c'est parfois un cauchemar !).

Plus d'une trentaine d'albums à ce jour, des milliers d'heures de travail, des kilos de stress et des tonnes de plaisir, des amis formidables (la liste est incommensurable), des dizaines d'interventions et d'ateliers en milieu scolaire, en hôpital, en prison, des centaines de séances de dédicaces en festivals ou en librairies...

Petit bémol : ma chère guitare telle la Belle au Bois Dormant se couvre de poussière et attend encore le baiser qui la réveillera...